Lundi 27 février 2006
Pingouin de jour (Pingouins aux yeux jaunes)
Le soleil éclaire de rayons blancs les dunes de la plage de Sandfly au sud de la Péninsule d'Otago. Nous pénétrons à l'intérieur d'une petite cabane en bois qui surplombe l'extrémité de la baie où sont censés se dissimuler les observateurs de pingouins, idée qui semble avoir échappée à la grappe de touristes accrochée aux dunes. Nous nous asseyons à notre observatoire à côté d'un couple d'Anglais et de leurs enfants. Munis de jumelles, ils sont les premiers à voir sortir de l'eau un volatil maladroit qui porte sur les côtés des nageoires tombant comme des bras trop courts. Mon voisin britannique aux yeux bleus glacés comme le lac Pukaki, me tend généreusement ses lunettes et me désigne du doigt le pingouin qui lutte avec les vagues. Pas évident quand on fait quelques dizaines de centimètres de haut de passer de l'état de poisson à la station debout. Flux et reflux déséquilibre l'animal qui doit s'y reprendre à plusieurs reprises pour se mettre hors de portée des vagues. Un cri métallique nous parvient de la gauche sur la colline, un pingouin pas encore adulte perché sur le flanc de la colline a aperçu son congénère sortir de l'eau. L'espoir de la nourriture a réveillé le jeune oiseau marin qui ne contenant plus sa joie, s'époumone à tout vent. En bas, son camarade a grimpé d'un bond sur un rocher en prenant soin de ne pas se faire remarquer des lions de mer, tas sombres qui reposent sur le sable. Le pingouin ouvre ses ailes et prend la pause dans l'espoir de sécher ses plumes. Quand satisfait, il reprend prudemment sa route, porté par ses petites jambes il se faufile entre les rochers, avant de se lancer comme chaque jour dans la longue et lente ascension qui le conduira jusqu'à son nid, creusé sous terre à la manière d'un terrier.

Pingouins de nuit (Pingouins Bleus)
La pleine lune éclaire de sa pâle lueur la mer sur laquelle la nuit vient de tomber. La tête dans les épaules et les mains enfoncées dans les poches de nos blousons pour nous protéger du froid, nous rejoignons un petit groupe de guetteurs amassés derrière des barrières qui les maintiennent à distance de la plage. Tous les soirs, les touristes ont rendez-vous avec les pingouins bleus qui partis se nourrir pour la journée dans les eaux de la péninsule attendent la sécurité des ténèbres pour sortir de l'eau et regagner leur trou douillet. Le vent frais n'épargne personne, certains, arrivés bien avant nous, chuchotent leur impatience et ne comprennent pas cette attente, c'est vrai on ne leur demande pas beaucoup à ces pingouins, juste de faire quelques efforts pour respecter les horaires. Nous avons tous les yeux braqués sur l'horizon, comme si de l'intensité de notre regard dépendait leur apparition. Je suis plongé dans la contemplation de la nuit quand un murmure d'admiration parcourt la foule. Quoi ? Il se passe un truc, je ne vois rien, j'ai raté quelque chose j'en suis sûr, je savais que je n'aurais pas dû laisser battre ces foutus paupières. J'ouvre de nouveau les yeux et aperçois à la surface de la mer, une ombre fondre sur nous à la vitesse d'un oiseau pressé. L'eau s'agite et un battement de cils plus tard une dizaine de pingouins minuscules sont éjectés sur la plage. Pour eux cette situation est loin d'être rassurante, ils savent d'expérience que c'est cet à instant qu'ils sont les plus vulnérables. Malgré tout, en bons pingouins bien élevés, ils n'oublient pas de se sécher avant d'emprunter un petit chemin protégé mis à leur disposition par un gouvernement néo-zélandais soucieux de la santé de sa faune. Avec la pénombre nous perdons vite leur trace et il nous faut attendre 5 minutes avant de voir apparaître, à quelques mètres de nos pieds, leur flanc blanc refléter les rayons de lune. Dans un mouvement silencieux, notre petite troupe se resserrent contre les barrières, on nous a dit de ne surtout pas les effrayer, ils risqueraient de regagner la mer et de priver leurs petits de nourritures. Il y va de notre responsabilité. De près, ils paraissent encore plus petits et fragiles. Par groupes de 4 ou 5, ils avancent à la manière d'un commando en terrain découvert. Ils font quelques pas et se figent jusqu'à que le plus brave d'entre eux ose se lancer entraînant à sa suite ses camarades. Ces courtes silhouettes en costume trois pièces qui se dandinent sous notre nez comme si elles avançaient le pantalon baissé, ont la grâce burlesque d’un Charlie Chaplin. Nous nous laissons happer par le magnétisme de ces êtres à deux jambes qui dégagent une humanité à la fois touchante et comique. Répondant à l’appel désespéré de leur progéniture, les pingouins se précipitent vers la colline où les attendent leurs petits, c’est dans un concert de cris de retrouvailles que nous rejoignons notre voiture. Sur le chemin nous restons silencieux de peur que les mots n’effacent l’empreinte laissée en nous par ce spectacle unique.
Par Benjamin & Maelle - Publié dans : Nouvelle-Zélande
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