En débarquant en ces lieux, on devine que dans un passé récent les aventuriers devaient être nombreux à naître et mourir en ces murs. Tant d'histoires circulent sur Tanger, colportées par les voyageurs qui ne préfèrent souvent que passer qu'ils soient touristes ou Marocains rentrant au pays. Sous une fine couche de modernité se distinguent nettement les traits d'une ville qui avait le visage de ces lieux de passage où pullulaient dans une agitation étourdissante traîne savates, voyous, contrebandiers, voyageurs romantiques et artistes désespérés. Aujourdhui Tanger linternationale a perdu de sa fougue, les voiles se font plus nombreux sur les cheveux des femmes, la ville se recroqueville sur elle-même, comme si davoir trop contempler, sans parvenir à y accéder, les rivages de lEurope voisine, elle en venait à se méfier du monde extérieur.

Nous sommes descendus à l'hôtel La Muniria, la propriétaire, femme d"une quarantaine d'année au sourire aimable nous a conduit jusqu'à notre chambre. Sur la porte un huit en plastique avait été suspendu, plutôt propre, la pièce avait l'avantage d'avoir une fenêtre qui donnait sur une terrasse. De cette ouverture on distinguait en toile de fond des falaises qui surplombaient la mer sur laquelle s'agitaient des ferrys. Le vent, qui avait soufflé à nos côtés depuis le départ, dessinait à la surface de l'eau des moutons et secouait les palmiers qui nous saluaient de leurs grosses têtes vertes de rasta. Juste sous notre nez, dans lenfer blanc de la terrasse, les jambes repliées sur un corps maigre, gisait sur une chaise en plein soleil, un vieux presque nu. Avec sa bouche ouverte et ses yeux fermés il était comparable à un oiseau déplumé sur le point d'être mis à rôtir.
Nous avons passé 48 heures à découvrir la ville, à parcourir les rues de la Medina, à nous faire embobiner par des personnages sympathiques demandant rétribution pour un travail de guide là où nous ne voyions que de la simple courtoisie. Mais 24 heures nous furent nécessaire pour nous rendre compte que sans le savoir, nous vivions à un rythme particulier. C'est après un dialogue de sourd au téléphone avec une amie, résidente au Maroc, que nous avons fini par comprendre que les horloges locales indiquait 2 heures de moins que les nôtres. D'un seul coup, tout s'expliquait, le soleil qui se levait à 8 heures, les restaurants vides à l'heure de dîner, et ce monde dans la rue au moment de se coucher. Nous avons vécu plus de 24 heures avec 2 heures d'avance sur nos amis Marocains. Ce qui signifie aussi que pour la première fois depuis bien longtemps, je suis allé me coucher avant 21h. Maman va être contente.


