Maroc

Lundi 9 mai 2005

Tanger, la Marseille du Maghreb, ville de trafiquants d'hommes et de drogue qui vit déambuler dans ses rues nombres d'artistes venus se perdre comme William Burrough ou trouver la lumière comme Matisse.

 

En débarquant en ces lieux, on devine que dans un passé récent les aventuriers devaient être nombreux à naître et mourir en ces murs. Tant d'histoires circulent sur Tanger, colportées par les voyageurs qui ne préfèrent souvent que passer qu'ils soient touristes ou Marocains rentrant au pays. Sous une fine couche de modernité se distinguent nettement les traits d'une ville qui avait le visage de ces lieux de passage où pullulaient dans une agitation étourdissante traîne savates, voyous, contrebandiers, voyageurs romantiques et artistes désespérés. Aujourd’hui Tanger l’internationale a perdu de sa fougue, les voiles se font plus nombreux sur les cheveux des femmes, la ville se recroqueville sur elle-même, comme si d’avoir trop contempler, sans parvenir à y accéder, les rivages de l’Europe voisine, elle en venait à se méfier du monde extérieur.

Nous sommes descendus à l'hôtel La Muniria, la propriétaire, femme d"une quarantaine d'année au sourire aimable nous a conduit jusqu'à notre chambre. Sur la porte un huit en plastique avait été suspendu, plutôt propre, la pièce avait l'avantage d'avoir une fenêtre qui donnait sur une terrasse. De cette ouverture on distinguait en toile de fond des falaises qui surplombaient la mer sur laquelle s'agitaient des ferrys. Le vent, qui avait soufflé à nos côtés depuis le départ, dessinait à la surface de l'eau des moutons et secouait les palmiers qui nous saluaient de leurs grosses têtes vertes de rasta. Juste sous notre nez, dans l’enfer blanc de la terrasse, les jambes repliées sur un corps maigre, gisait sur une chaise en plein soleil, un vieux presque nu. Avec sa bouche ouverte et ses yeux fermés il était comparable à un oiseau déplumé sur le point d'être mis à rôtir.

 

Nous avons passé 48 heures à découvrir la ville, à parcourir les rues de la Medina, à nous faire embobiner par des personnages sympathiques demandant rétribution pour un travail de guide là où nous ne voyions que de la simple courtoisie. Mais 24 heures nous furent nécessaire pour nous rendre compte que sans le savoir, nous vivions à un rythme particulier. C'est après un dialogue de sourd au téléphone avec une amie, résidente au Maroc, que nous avons fini par comprendre que les horloges locales indiquait 2 heures de moins que les nôtres. D'un seul coup, tout s'expliquait, le soleil qui se levait à 8 heures, les restaurants vides à l'heure de dîner, et ce monde dans la rue au moment de se coucher. Nous avons vécu plus de 24 heures avec 2 heures d'avance sur nos amis Marocains. Ce qui signifie aussi que pour la première fois depuis bien longtemps, je suis allé me coucher avant 21h. Maman va être contente.

Par Benjamin
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Mercredi 11 mai 2005

Pour connaître la recette du couscous en image par Atika : cliquez ici

Par Benjamin & Maelle
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Vendredi 13 mai 2005

Nous avons quitté Tanger direction Odile qui habite Rabat depuis quelques mois. Avec les tajines et les couscous Odile était l'autre raison de notre séjour au Maroc. Nous nous étions revus il y a un an et demi  lors d'une fête mémorable dont tout le monde ne se souvient pas complètement. Elle rentrait du Maroc, nous du Mali. Elle a commis l'erreur de nous inviter la voir au Maroc. Résultat nous voici dans son salon en train de siroter son vin et manger ses pastillas. Odile est une femme célèbre surtout pour ceux qui voyagent sur Airfrance. Une pleine page de leur magazine est consacrée à cette petite gazelle de Manosque ainsi qu'à son amie et collègue Sophie avec qui elle a travaillé 2 ans sur la création d'un Parc Régional aux alentours de Chefchaouen. Car avant de rejoindre Rabat, cette grande ville polluée (elle dit ça à nous les Parisiens) où elle travaille aujourd'hui pour une association sénégalaise, Odile exerçait ses talents dans le Rif au nord du pays. Elle faisait partie de ces 400 Français volontaires qui quittent chaque année leur foyer douillet dans le cadre de l'AFVP (Association Française des Volontaires pour le Progrès) pour se rendre dans des régions parfois reculées du monde. Suivant leur formation (environnement, éducation, urbanisme...), ces courageux missionnaires rejoignent des structures locales pour former, sensibiliser, planifier ou encore coordonner tout ce qui peut l'être avec comme but avoué de faire avancer le progrès.

 

 

Grâce à l'accueil d'Odile et de Laetitia (sa colloc, Laeti pour les intimes), nous avons profité d'un confort que nous n'avions pas connu depuis notre départ. Petit déjeuner sur la terrasse au soleil, baignoire à disposition, et nous pouvions enfin, pour le plus grand soulagement de nos cuisses, nous asseoir sur la lunette des WC. Dans son rôle de guide gastronomique, Odile a été parfaite. Sans même nous demander un dirham, elle nous a fait découvrir les joies de la cuisine locale en nous présentant son amie Atika, qui mit toute sa générosité dans la préparation du fameux couscous. Odile a même endossé pour nous le tablier de cuisinière pour nous mijoter un tajine de coings figurant au palmarès des plats à ne pas rater.

 

Sinon parfois on s'arrête de manger et on visite un peu. Rabat n'est pas la ville la plus exotique du Maroc, son rôle de capitale administrative l'empêche de se livrer à toute excentricité, mais elle a l'avantage d'avoir l'océan comme voisin. La mer procure à l'air de Rabat une douceur dont est privé ses consœurs de l'intérieur des terres. A l'heure où le soleil se couche, il est agréable de déambuler dans les ruelles couleur ciel du quartier des Oudayas. De là, on grimpe jusqu'au Sémaphore d'où l'on peut admirer les toits de Rabat rougir au fur et à mesure que le soleil disparaît derrière l'horizon marin.

Par Benjamin
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Samedi 21 mai 2005

Cherche les deux cornes et tu trouveras au flan de l'une d'elles, une petite ville calme et bleue du nom de Chefchaouen.

On grimpe de rues en rues, on croise des culs de sac à la chaussé toute chaulée de bleu ou de blanc. Cette ville est accueillante pas ses formes douces par le velouté de la chaux qui depuis le mur s'écoule sur le sol, on croirait qu'il vient de neiger.

En quittant la grande place vers l'Est, on s'éloigne du tumulte des souks, les rues s'élargissent, la vue sur le pied de la montagne se précise. A gauche, une petite cascade jaillit d'un moulin, en contre-bas, sous des orangers en fleurs, des tables attendent  que nous nous posions le temps d'un thé à la menthe. Il fait bon, l'ombre et l'humidité du cour d'eau nous sortent de l'état de mollesse dans lequel la chaleur écrasante nous avait mis. Nous reprenons notre ascension en suivant la rivière. Plusieurs canaux bordent la route pavée de grosses pierres, des figuiers offrent leur ombre aux promeneurs. Sous une maison sans murs des femmes s'affairent autour d'un bassin, elles frottent leur linge contre la pierre, s'en oublier de discuter entre elles. Un peu plus loin se répartissent autour de la rivière plusieurs autres bâtiments du même type. C'est samedi, grand jour de lessive, tout le monde est aux lavoirs.

Des petites filles accompagnant leur mère, rincent des vêtements dans un bassin à leur hauteur et en profitent pour se baigner. Les garçons à l'ombre sur des muret regardent la scène et bavardent. Quelques hommes, sans doute célibataires, lavent des pantalons dans le lit même de la rivière, ils ne se risquent pas à s'approcher des lavoirs, espace exclusivement féminin.

Toujours en direction de l'Est, nous prenons un sentier bordé de cactus jusqu'à une vieille mosquée abandonnée. Construite par les Espagnols au début du 19ème siècle, elle n'aura jamais servi comme lieu de culte, mais du haut de son minaret, les touristes profitent d'une belle vue sur la ville. On perçoit le reflet bleu des murs avec en son centre la Kasbah et son petit oasis de verdure. Il n'y a pas beaucoup d'arbres dans les Médinas, heureusement les rues sont étroites et les maison se font de l'ombre tour à tour au rythme du cadran solaire.

De retour dans l'agitation de la ville, nous visitons un marchand de tissus, écharpes, plaids, tout est fait sur place avec un métier à tisser tellement grand dans cette toute petite boutique que le tisserand bloqué contre le mur par sa machine doit se contorsionner entre les morceaux de bois pour se dégager.

En fin de journée, nous retrouvons notre petite voiture de location et cette fois-ci mettons cap vers le nord, c'est Didile qui est au volant. Le paysage change définitivement aussitôt la méditerannée en vue. Des montagnes de pins et de maquis se jettent dans la mer. Nous longeons des plages de sable gris et arrivons après plusieurs virages à Stehat. Plusieurs associations se retrouvent dans cette petite ville côtière pour un sommet sur le développement durable. Odile nous a proposé de joindre l'utile (rencontrer des collègues) à l'agréable (visiter une jolie région). Il règne ce soir une animation particulière, des jeunes sont venus de Hollande, Turquie et France pour présenter de petits spectales. Les villageois sont venus nombreux pour y assister et attendent le début des festivités devant une grande tente sous laquelle une scène a été montée. Ce sont les hollandais qui auront les premières difficultés et feront les frais d'une sono impotente. Difficile pour des rappeurs de chanter en flammand quand les bass font cracher les baffles. Encore plus compliqué pour les jeunes Turcs d'effectuer des danses en costumes traditionnels si la lumière s'éteint ! Des heures de préparation réduites à de l'improvisation pour pouvoir coute que coute présenter quelque chose au public impatient ! Pour la nuit, un logement avait été gracieusement mis à notre disposition. Un gite sympatique, avec une belle vue, qui laissait pressentir un réveil en douceur dans la nature. La nuit fut malheureusement courte et le réveil moins bucolique que prévu car je sortais d'un bond de mon lit à 7h, courant vers les toilettes. Je ne sais ce qui aura eu raison de mon estomac, fatigue, froid ou microbes mais ils ne m'ont pas raté ! Ce voyage on le fait à 2, ça veut dire qu'on partage tout ! Benjamin, se cru obligé de m'immiter, mais n'y parvint pas complètement et lui se contenta d'une grosse fatigue. Après une diette sévère et une nuit de 17h il retrouva un peu d'entrain. 24h plus tard sur pieds et motivés par nos futures découvertes nous prenions le bus en direction de Fez.

Par Maelle
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