Croatie

Samedi 28 mai 2005

Relier le Maroc à la Croatie est une chose simple, en voici la recette pour 2 passagers :

 

- depuis Marrakech prenez un avion de 7h20, laissez mariner ses passagers 2h avant de les embarquer

 

- à l'aéroport de Milan faites courir ces fameux passagers jusqu'à la station de bus et laissez les penser qu'ils vont rater leur train pour Ancona

 

- Lorsque enfin prêts à se résigner à passer une nuit à Milan, vous les ferez monter de justesse dans le train en direction de Bari, ils n'en seront que plus heureux

 

- à nouveau faites les mariner au comptoir des ferrys Blue Line, une petite 1/2h seulement, puis pour les récompenser gavez les de glaces

 

- après les avoir rincés à l'eau chaude, vous les bercerez au son des vagues pendant 9h

 

- n'oubliez pas de soupoudrer de formalités douanières

 

- les passagers sont enfin prêts à découvrir Split et la Croatie.

 

Pour la recette en image cliquez ici

Par Maelle
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Samedi 4 juin 2005

 

Etant petite, j'ai toujours joué avec des bateaux. En Bretagne chez José, avec Marie-Ange et Victor, nous construisions de mini-pontons pour accrocher leur annexe. Des heures et des heures à s'amarrer au ponton, ramer au loin, jeter l'ancre et revenir. Stage de voile à l'île de Batz et leçons en famille lors des virées avec l'Hasting, le dur métier de matelot rentre lentement dans ma caboche. Je ne suis pas très assidue faut dire.

Quand Benjamin me propose d'être son pilote pour une journée sur une barque de location : je ne peux rater cette occasion. Bien sûr, il n'y a pas de voile et c'est juste un petit moteur : mais quel bonheur !

 

Révisions sommaires mais nécessaires du démarrage du bateau et des procédures d'amarrage avec Bruno, le loueur, puis nous sommes enfin livrés à nous même et traversons la passe en direction de Pakleni Otoci. Il y a en face de Hvar tout un archipel et nous slalomons entre ces petits bouts de terre jusqu`à atteindre la baie de Palmižana où nous jetons l’ancre. Mouillés un peu à l’écart, nous profitons de la vue sur l’anse turquoise bordée de pins, loin des touristes et des restaurants.

 

C'est un jour venteux, nous faisons les plus grands efforts pour rester en maillot de bain. La mer est toujours incroyablement claire, cela donne instantanément envie de se mettre à l'eau, mais après avoir trempé le petit orteil on comprend vite qu'une lente adaptation sera nécessaire avant de pouvoir nager. Aujourd'hui la baignade ne nous tente pas, ce qui n'est pas le cas de notre gilet de sauvetage qui profita de notre inattention pour plonger et s'enfuire aussi vite que lui permettait le courant. Nous levons l'ancre en un éclair, je sais que rattraper un objet en mer est toujours délicat. Je m'approche doucement et le gilet ayant senti notre détermination à le ramener à bord se rend docilement.

 

Pour prendre notre café, il nous faut nous arrimer au ponton et mettre ainsi en pratique les explicatıons de notre loueur. A une vingtaine de mètres du quai je lance l'ancre depuis l'arrière du bateau, Benjamin posté à l'avant saute sur la terre ferme et nous attache à la bite d'amarrage. Manœuvre de toute beauté. Nous buvons notre machiato en profitant d’un nouveau point de vue sur la mer. Au large le vent force, les vagues se font de plus en plus hautes... Nous avions prévu de faire des arrêts sur les îles voisines et il est temps de reprendre notre promenade. Le courant et le vent sont en sens contraire, ils nous contraignent à modifier notre itinéraire. Au lieu de découvrir l’île de Stipanska par la mer nous le ferons par la terre, encore faut-il être capable d’accoster, le vent nous pousse, je largue l'ancre trop tard et BOUM le bateau heurte le ponton...

Pas de mal. Le patron d'un restaurant arrive en courant, monte dans le bateau et avec une aisance déconcertante renouvelle l'opération avec succès. Je ne suis pas très fière.

Un groupe de plongeurs retraités français n'a rien manqué de la scène et nous accueille par de gentils commentaires moqueurs. Nous passons notre chemin pour rejoindre des moutons broutant de maigres brins d'herbes poussant entre les cailloux. Ces ovins ont tellement de laine qu'on les confond presque avec les buissons, seule la couleur diffère.

18h, encore de la route à faire avant de rendre notre bateau, nous ne sommes pas trop sûrs du temps qu'il nous faudra pour rejoindre le port. Nous larguons les amarres et longeons patiemment la côte, puis traversons la passe. Les creux paraissent immenses. Avançant par vent travers, les vagues ne cessent de nous mouiller. Je tiens dur le cap. Il sera bientôt temps de se mettre en vent arrière et de profiter du courant.

Benjamin s'accroche à la banquette, il a confiance dit-il, mais je vois bien qu'il ne lâche pas du regard la côte encore à quelques miles.

Enfin dans le port, Bruno est là sur le quai pour récupérer le dernier de ses bateaux, il s'assure que nous n'avions pas été terrorisés par la traversée.

Tout trempés nous fêtons l'aventure d'une bière fraîche.

Moi j'ai retrouvé ma fierté, et qui sait, de matelot je passerais peut être un jour à capitaine ?
Par Maelle
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Lundi 6 juin 2005

A notre réveil le bateau était presque déjà vidé, les côtes de la Croatie ne nous ont pas attendu, elles avaient de toute façon choisi de se dissimuler dans un épais brouillard. On a bien vu qu'elles ne faisaient pas d'effort. En revanche, une fois la douane passée, on a eu comme l'impression que tous les petits vieux de Split s'étaient donnés le mot pour venir nous accueillir. Ca ne vaut pas de jolies falaises mais ça fait toujours plaisir. La horde de retraités nous attendait en brandissant de petits panneaux, et scandaient un unique slogan « Cheap accommodation ».  Il leur pas fallu plus de 5mn pour détruire nos illusions. Fraîchement débarqués du Maroc, nous croyions avoir à faire à des rabatteurs pour hôtel de seconde zone, certainement plus très frais à en juger leurs émissaires. Nous avons appliqué notre tactique habituelle qui consiste à repousser toute sollicitation spontanée et opter pour des hôtels choisis par nos soins ou ceux de notre guide de voyage. Les voix de l'hôtellerie se révélant finalement aussi impénétrables que les autres, nous ne pouvions anticiper qu'en Croatie les chambres petit budget ne faisaient pas partie de la politique touristique, ce qui nous a vite amené à reconsidérer notre stratégie. A chaque coin des jolies rues de Split, on continuait de nous proposer des chambres, nous avons fini par nous laisser convaincre. Ces petits vieux n'avaient en définitive pas le profil de l'arnaqueur de touristes. Nous commencions même à nous émouvoir de cet air gêné qu'ils prenaient en nous abordant, s'adressant à nous du bout des lèvres.

 

Notre chambre était impeccable, les prix très doux et l'accueil chaleureux. Depuis dans chaque ville où nous mettons les pieds, nous retrouvons notre comité de retraités avec un plaisir toujours renouvelé. Sur la ravissante île de Hvar, où les paysages rappellent les calanques de Marseille (la ville en moins), nous avons logé chez un sismologue à la retraite qui nous a gentiment invité à déguster la production vinicole locale. Dans le village de Korcula nous avons eu un petit chez nous que nous avons partagé avec Brad et Kim, 2 sympathiques Australiens. Comble du bonheur, il y avait une cuisine équipée, ce fut l'occasion de tester une ou deux recettes collectées en chemin. Nous mangions nos repas sur notre petite terrasse d'où nous contemplions les côtes de la presqu'île de Orebıc .Il y a bien eu une ou deux fausses notes, nos propriétaires en dépit de leur âge canonique n'étaient pas tous des saints. Les cons vieillissent aussi. Mais Maria notre dernière logeuse de 76 ans, qui ne parlait ni Anglais, ni Allemand, ni quoique ce soit qui ne ressemble pas à du Croate a fait preuve d'une telle délicatesse que nos petits déboires furent vite oubliés. Maria habite une maison  juchée en haut d'une petite ruelle de Dubrovnik, la marche pour s'y rendre m'a fait regretter la panoplie de chargeurs rangée dans mon sac à dos. Pas de quoi pourtant effrayer notre hôtesse de 76 ans, veuve depuis 3 décennies, qui grimpe en plus chaque jour que Dieu fait des escaliers raides comme la mort pour accéder à sa cuisine. C'est dans cette petite pièce qu'elle nous a invité à boire son alcool de cerise maison, on s'est beaucoup regardé et pas beaucoup parlé, c'était pas grave, on se sentait bien. Les rares choses apprises sur elle, on les doit à mes vagues notions de Russe qui a des racines communes avec le Croate. Pour la première fois de ma vie, les heures passées à bosser ma 2e langue ont servi à quelque chose. Quand nous avons quitté les lieux à 6H30 du matin, Maria était déjà debout pour nous dire au revoir, nous laissions derrière nous les rues pavées de marbre de Dubrovnik enfin vides, la nuit avait nettoyé la ville de ses groupes de troisième âge, en croisière ceux-là.

Par Benjamin
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Lundi 13 juin 2005
La pluie est si violente que le store blanc du snack qui me sert de refuge parvient difficilement à me protéger, ma bière est diluée par l'eau de pluie. Dans la rue en face, Maelle qui tentait d'achever le croquis d'une mosqué s'abrite partiellement sous l'avancée du toit d'une petit maison traditionnelle. Nous sommes à Sarajevo et le tonnerre gronde. 10 ans seulement qu'un autre orage celui de la guerre a cessé de faire trembler la ville. Nous qui avons grandi avec les images des combats à la télévision, ne pouvons nous retenir de chercher derrière chaque façade et chaque visage les blessures laissées par le conflit. Ici comme à Mostar, que nous avons traversé quelques heures plus tôt en bus, le béton des immeubles grêlés par les impacts de balles évoque une peau abîmée par la varicelle. La décennie écoulée n'a peut-être pas suffit à effacer les traces de cette guerre fraticide mais au milieu des innombrables mosquées, des magasins et cafés sont apparus avec l'énergie des fleurs poussant sur le béton. Les grandes marques occidentales ont profité de cette envie de vivre et de consommer pour ouvrir des enseignes à chaque coin de rue. Ici comme ailleurs, le succès des coupes à la Beckham et des pantalons taille basse trahit une uniformisation des goûts mais symbolise aussi une fracture sociale entre des jeunes arborant les valeurs occidentales et une autre partie de la population attachée aux traditions religieuses comme le prouve la présence du voile sur le visage des femmes. Un peu par hasard et beaucoup par curiosité nous avons fait un détour du côté de l'aéroport où un musée pas comme les autres raconte l'histoire incroyable d'un tunnel de 800 mètres qui permit entre 1992 et 1995 d'approvisionner la ville assiègée par les Serbes. A la barbe et au nez de l'agresseur, blessés, munitions, nourriture, électricité circulaient dans ce cordon ombilical creusé sous le tarmac de l'aéroport. Ce musée improvisé se tient dans la maison de la famille Kolar qui dissimulait l'extrémité du tunnel donnant sur la zone libre. Les pièces se visitent très vite, quelques photos, des armes, des uniformes et un film, juste des images en vrac qui parlent d'elles-mêmes. Vient ensuite la descente dans le tunnel, le dos voûté nous parcourons la vingtaine de mètres qui ont survécu au manque d'entretien. Ces témoignages sont les fantômes d'un conflit qui appartient déjà au passé mais ils raisonnent si fort que dans la pénombre du tunnel, ils rendent la terreur et le courage de ceux qui sont passés en ce lieu encore palpables. Quand nous émergeons à l'air libre nous échangeons quelques mots avec le "gardien", il s'agit d'Edis le fils de la famille Kolar que nous reconnaissons pour l'avoir vu en photo vêtu d'un uniforme sur les murs du musée. Edis avait 17 ans quand la guerre a commencé,malgré son âge il a vite pris les armes pour se battre en première ligne, à la même époque j'avais 16 ans et passais en 1ère S. Après notre séjour tranquille à l'abris dans les îles croates, notre escapade à Sarajevo nous remet dans le bain du voyage. Même nos papilles qui s'étaient endormies au contact de la cuisine aseptisée des villes touristiques croates se sont reveillées dans les rues bosniaques avec le goût étrange et inconnu du buza, boisson fermentée à base d'orge. Sarajevo ne figurait pourtant pas sur notre planning, mais nous avons connu toutes les peines du monde pour tracer notre route entre Dubrovnic et Istanbul. Nous avions beau fouillé tous les recoins d'Internet, tourner toutes les pages de Lonely Planet et harceler de questions les offices du tourisme, pas moyen de traverser les Balkans pour rejoindre l'Anatolie. Grâce aux pages jaunes internationales, nous avons fini par dégôter le numéro de téléphone d'une gare de bus. Nous tenions un fil et nous allions tirer dessus jusqu'à obtenir quelque chose. Le numéro n'était pas bon bien sûr, mais il nous a permi d'en obtenir un autre et encore un autre, petit à petit nous avons tissé notre itinéraire. De Dubrovnic nous rejoignerons Sarajevo, de là un bus de nuit nous emmenerait à Skopje (capitale de la Macédoine pour instruire ceux qui comme nous l'ignoraient) où il existerait une liaison quotidienne pour Istanbul. Vu les routes et le nombre de frontières à traverser, ma paye du mois que nous recolterons suffisamment de tampons pour remplir notre passeport. Dommage pour le referendum, le oui aurait peut-être rendue l'Europe plus facile à traverser et les tunnels inutiles à creuser.
Par Benjamin
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