Mon ANZAC cookie tombe la tête à l’envers sur un comptoir qui n’a pas souvent dû connaître la caresse de l’éponge, le biscuit n’a pas le temps de se remettre de sa chute que la serveuse le saisit de sa pince huileuse avant de l’envoyer valdinguer dans mon assiette. Une nuit d’avion aura suffit à faire disparaître les gestes délicats et les formules de politesse, l’amour du service s’est tout simplement dissout dans l’océan Pacifique qui sépare le Japon de l’Australie. Nous sommes à l’aéroport de Cairns de l’autre côté de l’équateur, la tête à l’envers comme mon cookie et le bruit sec du gâteau tombant sur la porcelaine sonne comme un bienvenue dans un autre monde.
“What can I do you for you, darling ?
- On voudrait juste un billet pour la navette qui va au centre ville
- 8 box each…lovely, thank you. Paul should take you at 7 or 7:30. Cheers ! "
Depuis les fenêtres du van de Paul qui est arrivé à 7h30 nous découvrons la ville de Cairns et ses rues perpendiculaires bordées de constructions aux allures de boites à chaussures. Dans la rue, pour s’occuper de la chaussée, les playmobils ont laissé place à des costauds en shorts et chaussettes remontées jusqu’au genou avec un chapeau du bush en guise de casque. Dans leur petite tenue marron, les employés de la ville s’attaquent en cette matinée ensoleillée à rendre la ville plus belle. Paul, ses lunettes de soleil et son sourire nous déposent avec nos affaires devant une maison victorienne au bois peint en couleurs vives. Nous nous séparons avec un « good day, mate » et tirons nos sacs gavés d’achats nippons vers notre backpacker. A l’entrée, pas de petits chaussons ni de courbettes, mais de la peau bronzée et du cheveux blond en quantité. La jeunesse du monde entier venue sous les latitudes australiennes pour goûter aux plages et au soleil émerge doucement de son sommeil et se balade dans le jardin pelé, le bol de corn flakes à la main. Epuisés par notre vol de nuit, nous gagnons notre petite chambre aux rideaux violets. Nous tirons les tentures plus très fraîches et passons notre tête par l’ouverture de la fenêtre. Notre regard est absorbé par un ciel qui est ici plus grand qu’ailleurs. De magnifiques nuages s’étirent dans l’immensité bleue où nos yeux jouent en liberté au delà de l’horizon. Ils ont comme seul obstacle, des montagnes couchées crânement de tout leur long à une distance infinie.
Par Benjamin
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Je mâchouille mon embouchoir, mon corps comme parcouru par un courant électrique fait des soubresauts incontrôlés, c'est qu'il fait pas chaud dans l'eau. Accroché à mon fil relié aux flotteurs du catamaran, j'aperçois les prémices de la barrière de corail. Je respire sous l'eau ; je suis nerveux mais ça va.
La plongée m'a toujours attiré. Tous les dimanches à 17 heures juste avant qu'Olivier regarde Stade 2, émission qui incarnait à mes yeux toute la déprime de fin de week-end, je passais une heure sur Antenne 2 avec Cousteau à explorer les fonds marins. J'en voulais encore au vieux Jacques
d'avoir voulu m'entuber quelques années plutôt avec ses fiches à 5 Francs qui avaient failli nous en coûter 20 fois plus, mais comme Wes Anderson j'éprouvais en regardant ses documentaires l'envie d'enfiler un bonnet rouge et des palmes pour partir à la chasse aux requins imaginaires dissimulés dans les abysses de la vie aquatique. Avec un tel enthousiasme on peut comprendre ma déception face à mon incapacité à m'adapter au monde marin, lors de ma première plongée 15 ans plus tard. Incapable de me stabiliser correctement, je passais mon temps à racler le fond marin, et inspirais en permanence pour récupérer de l'air qui ne me semblait pas arriver en quantité suffisante. Malgré tout, ce voyage sous-marin dans les eaux des Antilles de la réserve Cousteau avait été comme vivre un rêve les yeux ouverts.
Aujourd'hui dans les eaux encore fraîches (23°) de la mer de Corail, je suis un plus à l'aise. Je tiens mon fil et regarde l'instructeur gigoter comme un mime devant mes yeux. Je me tourne sur la gauche pour faire un signe à Maëlle accrochée à côté de moi et me retrouve à regarder dans le blanc d'un oeil beaucoup plus poissonneux que ceux auxquels je suis habitué. Un énorme poisson triangulaire de 50 cm de côté s'est glissé entre nous, avec sa compagne ils sont venus jouer avec nos bulles ; très sociables, ils se laissent même caresser leurs flancs jaunes et noirs. Ces apparitions aquatiques en forme de biscuits apéritifs géants sont le meilleur des anti-stress, suivant les instructions je me décroche du fil et doucement à la manière d'un cosmonaute, je me lance dans l'espace liquide. En état d'apesanteur, je me déplace dans les 3 dimensions à la suite de nos 2 poissons pilotes qui me guident à travers les récifs. D'autres créatures se joignent à la fête, elles nous observent de leurs petits yeux avec une curiosité vite étanchée puis s'en retournent à leurs occupations. Je plane entre les montagnes de corail coloré comme un avion au ralenti entre les falaises d'un canyon. Je lève les yeux pour voir le soleil sombre remuer à la surface de l'eau et aperçois Maëlle passer comme une éclipse. Elle m’indique de son bras quelque chose en dessous de moi. Je me retourne pour voir passer la carapace marbrée d'une tortue. Plus habile et plus noble que sa cousine terrestre, elle se déplace avec la tranquillité de celle qui connaît la sagesse. Nous nageons à ses côtés suffisamment longtemps pour contempler les dessins tracés sur son dos comme des tatouages aborigènes, puis comme figés par une frontière invisible, nous nous arrêtons pour la regarder doucement disparaître dans l'horizon bleu profond de son monde marin.
Par Benjamin & Maelle
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Vendredi 16 décembre 2005
Un petite pause en image et en chanson pour decouvrir Uluru et ses alentours.
Bon Voyage
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Par Benjamin & Maelle
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Dimanche 18 décembre 2005
Elles bourdonnent frénétiquement en passant de mon nez à mes oreilles, je les chasse d'un geste nerveux, elles contre-attaquent près des yeux. Des dizaines de mouches venues de nul part me tourne autour, se posent quelques nanosecondes sur mon corps et aspirent l'humidité de ma peau. Je deviens subitement fou et gesticule dans tous les sens. J'agite mes mains parallèlement à mon visage, indique à ces terribles insectes qu'il y a une sortie à l'avant, au
milieu et à l'arrière. Elles n'en démordent pas. Elles sont de toute façon intouchables : elles se posent hors de portée sur mes omoplates avant de reprendre leur manège. Je m'ébroue, tressaillis, je jette du sel par-dessus mon épaule gauche puis droite, répète l’opération maintes et maintes fois pour conjurer ce mauvais sort qui s'acharne sur moi. Cela ne les impressionne toujours pas ; avec l'impunité d'un diplomate, elles continuent de me caresser passionnément avec leur trompe. Elles n'aiment que moi, je suis dans ce désert rouge leur seul ami.
Nous marchons depuis 4 heures dans la vallée de l'Ormiston Pound qui s'étale aux pieds des Macdonell Ranges et aux désagréments des insectes vient s'ajouter un début de fatigue et surtout la peur de manquer d'eau.
Le somptueux paysage aride bordé de plateaux montagneux sculpté dans la pierre rose prend au fur et à mesure de nos pas le visage de la Vallée de la Mort. Partis pour une boucle de 3 heures, nous avons été forcés de faire demi-tour au 3/4 du chemin dans la théâtrale Gorge d'Ormiston, obstruée par la montée des eaux. Le soleil est maintenant haut dans le ciel et sous la chaleur terrassante, nous revenons sur nos pas, et retraversons en sautant de rochers en rochers ces étonnantes rivières aussi déterminées que les mouches à survivre dans cette immensité désertique. Le retour nous paraît interminable et la prochaine source d’eau inaccessible, je repense à l'un de ces films de mon enfance où le héros avant de s'écrouler de fatigue dans le désert tire un dernier coup de feu désespéré en direction du soleil, je n'avais jamais compris ce geste avant aujourd'hui… ni vu la fin du film d’ailleurs, on m'avais envoyé me coucher. Après presque 6 heures de marche, nous finissons par arriver déshydratés et épuisés à notre point de départ où j'apprends de la bouche du ranger local qu'il a choisi d'arrêter de signaler l'obstruction de la Gorge sous prétexte que ses panneaux disparaissaient. Quand je tente de lui expliquer que ce n’est pas forcément une très bonne idée s’il veut conserver quelques touristes vivants, il part dans une colère noire. Ne jamais essayer de contredire un Australien.
Nous reprenons la route en direction de Glen Helen Gorge. C'est l'heure où dans la lumière dorée, les ombres s'étendent à leur maximum et traversent la route sans regarder, notre Toyota passe sur leur corps immatériel en toute indifférence. La nuit est déjà tombée quand nous arrivons au campement de la Gorge où nous plantons notre tente à la lueur des étoiles. Sur le chemin qui mène à la douche, j’aperçois un gecko embusqué sous une petite lanterne où tous les insectes de la création sont venus s’hypnotiser. Le lézard opportuniste s’offre le festin de sa vie ; au milieu de ces mets de choix, j’éprouve la joie coupable de reconnaître quelques unes de mes tortionnaires ailées.
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Par Benjamin & Maelle
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