Nouvelle-Zélande

Samedi 31 décembre 2005

Le soleil est tombé sous les nuages, une lumière chaude de fin de journée éclaire la campagne néo-zélandaise. Les couleurs ont changé de ton, le bleu et le rouge qui illuminaient les paysages australiens ont laissé place à des teintes d'un vert gras et d'un gris métallique. Après l'aridité de l'Outback, contempler la nature de l'Aotearoa (nom donné par les Maoris à la Nouvelle Zélande), c'est comme passer pieds nus d'un chemin de jolis cailloux à une étendue d'herbe épaisse. Notre mini-bus nous dépose devant une ravissante demeure victorienne entourée d'un jardin généreux bordé par les têtes ferreuses d'hortensias grassouillets. Cette maison qui a appartenu à sa belle époque à la Reine de Tonga est maintenant un Backpackers qui offre au voyageur le plus déraciné le sentiment d'être chez lui. Sous les hauts plafonds du salon, trône une cheminée, entourée de canapés confortables et d'une bibliothèque saturées d'ouvrages aux informations précieuses. La cuisine, briquée matin et soir par une armée de locataires allemands consciencieux, est équipée de suffisamment d'ustensiles pour vous lancer dans la préparation d'un bouillon de soupe chinoise (nous l'avons testé pour vous). Ce petit havre de paix s'est transformé en paradis à la vue de la montagne de pain érigée sur la table. Baguette, pain aux olives, boule de campagne, pain noir, au fromage, à l'oignon....tout ce que l'encyclopédie du boulanger peut contenir s'étalait sous nos yeux et à portée de nos mains qui ne se sont pas privées. La maison se situe dans le quartier de Parnell, petit village chic ayant résisté au béton qui a envahit le centre ville. La rue principale étincelle du bois blanc des maisons restaurées où se sont installés magasins prestigieux et cafés cosy. Les dimanches ensoleillés, le quartier voit les promeneurs affluer et vole la vedette au centre ville qui n'a pas su suffisamment exister. Auckland est une des villes les moins denses au monde et n'a pas vraiment pris le temps de se construire un véritable centre. Dès 17h, les magasins tirent leurs grilles et les rues sont désertées, on a peine à croire dans ces conditions que la ville compte autant d'habitants que Marseille. Les banlieues s'étalent au sud sur des dizaines de kilomètres formant des quartiers relativement indépendants organisés autour des nombreuses communautés qui peuplent la ville. Car Auckland est une ville définitivement cosmopolite. Grâce à son économie fleurissante, elle attire depuis plus de vingt ans, des immigrants venus des îles du Pacifiques, d'Asie ou d'Inde qui tiennent là un morceau d'occident plus enclin à accepter leur présence que ses lointains cousins d'Europe. Pour profiter vraiment de la plus grande cité de Nouvelle Zélande, il faut se souvenir qu'Auckland est une ville de marins et se tourner vers les eaux bleues du Port de Waitemata et du Golf Hauraki. Nous aurions pu pour cela partir en croisière sur le bateau de l'America's Cup qui engloutit en deux heures le salaire d'une semaine d'un serveur mais nous avons préféré la voie moins onéreuse du ferry pour nous rendre sur la presqu'île de Devenport. Quand nos posons pieds sur la rive, c'est pour partir à la recherche des moules vertes vantées par Sotheary que nous trouvons dans des assiettes à la terrasse d'un pub. Grosses et grasses avec une coquille de la taille de la main, elles font figures de sumos de la moule, mais de délicieux sumos. Nos pas traînent ensuite nos estomacs chargés du côté de la pointe de North Head. En chemin, nous admirons, dans les jardins parfaitement entretenus, les roses rouges contraster avec l'éclat blanc des murs, puis gagnons le sommet de la colline qui domine la mer. Depuis ces hauteurs vertes, assis parmi les canons amenés jusque là pour combattre d'hypothétiques Russes, nous profitons d'un panorama magnifique sur la ville et sur les îles du golfe. Au dessus de nos têtes deux parapentes légers comme des oiseaux vont et viennent avec cette liberté qui n'est pas sans rappeler celle des voyageurs.

Par Benjamin
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Samedi 31 décembre 2005

L'erreur est humaine me chante Zebda au creux de l'oreille. Avec leur accent du pays des cigales, ils racontent leurs difficultés à avoir une tête de là-bas quand on vit ici. Les voitures brûlent en France, le vent médiatique nous apporte jusqu'ici les cendres de la honte d'un pays qui ne sait pas recevoir ses invités. Les pompiers et les policiers sont à pied d'oeuvre pour nettoyer les conneries de sales mômes à Toulouse, à Lyon ou ailleurs. Moi, je suis loin, très loin sur la plage d'Ahipara, village au nord de la Nouvelle Zélande. Il fait jour ici et nuit là-bas.
Je cours pour me défouler le long des vagues qui brisent leur vert turquoise dans un éclat d'écume blanchâtre. Deux gamins, couleur Maori, jouent dans l'eau. Un bâton dans une main, un wake board en guise de bouclier dans l'autre, ils détachent de la mer leurs silhouettes sombres de petits chasseurs. Un 4x4 me double et disparaît sur la 90 miles beach ne laissant comme souvenir que deux traces parallèles. J'accélère le rythme, les chapeaux chinois plantés comme des montagnes miniatures défilent sous mes pieds, je me sens léger et capable d'avaler cette plage infinie. Le sable mouillé a pris une teinte de marbre, il reflète le ciel comme un miroir. Eberlué, je regarde mes pieds courir dans les nuages. Terre, mer, ciel m'absorbent dans leurs dimensions, un cri jaillit comme un bouchon de ma gorge, le yahoou sonne complètement ridicule et disproportionné, je m'en fous, je me sens bien. Je passe devant un banc de mouettes qui me reluquent du coin de l'oeil. Elles n'ont pas l'air très rieuse, alors je prends le parti de les encourager à me suivre dans ma révolution intérieure. Elles en ont que faire et préfèrent me fuir, d'abord à petits pas rapides puis en déployant leurs grandes ailes grises pour s'envoler là où je ne peux aller. Tant pis pour elles, qu'elles aillent au diable ! Ce n'est pas ça qui va m'arrêter, je me sens libre comme le cheval blanc à la longue crinière qui court le long de la mer sur les boites de puzzle de plus de 500 pièces.
Après la 14e chanson, j'ai les poumons cramés. J'enlève short et t-shirt que je pose sur un rocher où des bouquets de moules ont fait leur apparition, et je me dirige vers l'écume à la manière d'une prêtresse de candomblé. Au dessus le ciel s'est couvert de nuages noirs, les premières gouttes n'ont pas le temps de me mouiller que je suis déjà dans l'eau.

Par Benjamin
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Samedi 31 décembre 2005

Marée descendante. Nous sommes dans la voiture coincés par une pluie violente et attendons que le 5ème orage de la journée veuille bien laisser sa place au soleil. Il fait encore bien frais, nous laissons nos chaussures dans la voiture pour être plus à l'aise dans le sable, mais gardons nos inséparables coupe-vents. Nous longeons la mer munis d'une splendide pelle jaune transparente. Un peu plus loin la plage se rétrécit, des rochers bouchent le passage, c'est là que nous avons rendez-vous. Il y a quelques jours nous avons fait connaissance avec Vinny, un jeune Italien, venu se changer les idées en Nouvelle-Zélande pour une durée indéterminée. Nous avons convenu de nous retrouver là pour creuser ensemble une baignoire. Pas de blondinet en vue, il n'est pas encore arrivé. Autour de nous des personnes munies de pelles en fer, creusent des trous plus au moins large et profond. Certains sont déjà en maillot de bain, ils ont la chair de poule. Benjamin tâte le sol avec ses pieds, il avance petit à petit, puis recule, ça y est il a trouvé un endroit où le sable semble dégager de la chaleur. Il creuse. L'eau qui se répand au fond de la cavité est froide. Tels des chercheurs d'or déçus, nous abandonnons notre trou et cherchons un autre endroit plus propice. Nouveau coup d'oeil sur la foule, toujours pas de Vinny en vue. La plage ressemble à un champ de bataille après un bombardement, il faut faire attention où on met les pieds, on risque à tout moment de chuter dans un trou ou de prendre un coup de pelle sur la tête. Les foreurs se questionnent entre eux : "avez-vous trouvé de l'eau chaude ? non ? Ha, moi non plus ...". Seul un petit groupe semble avoir eu de la chance dans son forage. Des bulles explosent à la surface, les baigneurs poussent de petits cris, l'eau est brûlante. Les quelques personnes qui ont eu le courage de s'y mettre tout entier, changent sans cesse de place, d'abord, ils s'installent au plus près du bouillonnement en s'immergeant au maximum dans les 25 cm d’eau de profondeur, puis lorsque la température devient trop élevée, ils s'éloignent vers l'extérieur pour se rafraîchir. Nous nous invitons dans la baignoire pour y plonger nos pieds. De temps en temps la mer vient lécher les bords de leur piscine et détruire ses parois apportant de l'eau fraîche aux baigneurs. Un branle-bas de combat s'en suit, il faut reconstruire les murs. En contre bas, de nouvelles personnes commencent à creuser une nouvelle cuve, l'eau est chaude ici aussi, mais la mer est encore trop haute et ne cesse de reboucher le trou. Il est temps pour nous de retourner à la voiture, la route ce soir sera longue. Nous apercevons enfin Vinny. Encore tout endormi de sa sieste, il nous explique qu'il n'a pas vu passer l'heure. Nous ne pouvons malheureusement pas rester plus longtemps avec lui et le laissons seul découvrir les fameuses sources d'eau chaude de la presqu'île de Corromandel.
Par Maelle
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Samedi 31 décembre 2005
Par Benjamin & Maelle
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